La défaite cuisante d’un parti autrefois dominant

Peut-on agir plus inconsidérément que l’UDC au cours de ces derniers mois, de ces dernières semaines? Le parti, si accoutumé au succès, avait ce 14 décembre une chance de regagner le second siège au Conseil fédéral perdu en 2007. Ses pontes le savaient depuis quatre ans. Ils avaient le temps de former des candidats, mais ils n’ont rien fait. Ce mercredi matin, au Parlement, le premier parti de Suisse en nombre d’électeurs faisait l’effet d’un groupe désorienté, qui a épuisé ses cartouches et s’est résigné à l’échec.

Comment expliquer autrement que Caspar Baader, le chef du groupe parlementaire, se soit avancé en courant après l’élection de Didier Burkhalter pour déclarer que la concordance avait été rompue, que l’on se battait désormais pour chaque siège, mais uniquement avec Jean-François Rime? Hansjörg Walter, le candidat de l’UDC, n’était plus disponible. Il était assis dans un coin de la tribune et secouait la tête, comme s’il ne comprenait pas l’explication de Caspar Baader. Il a déclaré par la suite que cela avait été convenu, et qu’il avait réagi ainsi à cause du Parlement. Seulement, pourquoi n’a-t-il pas pris lui-même la parole?

Hinterliess den Eindruck eines orientierungslosen Haufens: SVP-Fraktion während den Bundesratswahlen 2011.

Discussions et désordre à l'UDC: une scène vue mercredi 14 décembre au Parlement fédéral lors du renouvellement du gouvernement. (Keystone)

On peut comprendre que l’UDC n’ait pas voulu s’opposer au PLR, qui est son unique allié. Le PLR a réagi en conséquence, en accordant ses voix au candidat UDC lors du tour d’Eveline Widmer-Schlumpf. Mais il n’est guère compréhensible que, par la suite, l’UDC ait tout de même brigué le siège de Johann Schneider-Ammann, et ce uniquement avec Jean-François Rime. La direction de l’UDC a ainsi provoqué un agacement au sein de ses propres rangs, tout en frappant son allié PLR dans le dos. Est-il possible d’adopter une stratégie plus destructrice?

Entendons-nous bien, il n’est pas ici question d’un parti réalisant 5% des voix, dépassé par les événements. Il s’agit du groupe politique de loin le plus puissant de Suisse. L’UDC a fait la pluie et le beau temps à Berne pendant vingt ans, elle a remporté élection sur élection, a déterminé le programme politique, gagné des votations importantes et relégué les autres acteurs de la scène politique au rang de faire-valoir. Mais si le parti reste aujourd’hui les bras ballants, ce n’est pas seulement parce qu’il a mal sélectionné ses candidats. Les erreurs ont eu lieu il y a longtemps, en 2007, avec l’éviction de Christoph Blocher. Pourquoi l’UDC n’a-t-elle pas su remédier au problème?

Le débat s’est entièrement concentré sur deux thèmes, l’étranger et l’UE, ce qui a rendu le parti incapable de réagir une fois confronté à une situation extraordinaire.

Cette défaite aurait pu – aurait dû – provoquer un nouveau départ. Il était peut-être temps de changer de cap, avec pour objectif de reconquérir le siège en 2011 via des candidats valables. Au lieu de cela, on s’est laissé dicter la stratégie par le patriarche Christoph Blocher, comme par exemple pour la vaine tentative de conquête du Conseil des Etats. Cette idée saugrenue valait bien celle du général Guisan, qui avait appelé l’intégralité des officiers au rapport sur la prairie du Grütli. Un seul attentat aurait pu décapiter l’ensemble de l’armée suisse. Mais Guisan a eu de la chance, contrairement à Blocher. Ses lieutenants ont été évincés l’un après l’autre lors des élections à la chambre haute. Etaient-ils alors crédibles comme candidats au Conseil fédéral?

Là-dessus, le débat s’est entièrement concentré sur deux thèmes, l’étranger et l’UE, ce qui a rendu le parti incapable de réagir une fois confronté à une situation extraordinaire. On l’a bien vu après l’accident nucléaire de Fukushima. L’UDC n’a ensuite pas réussi à retrouver son rythme. Certes, elle a lancé l’initiative contre l’immigration de masse et annoncé une deuxième initiative sur le renvoi des délinquants étrangers. Mais ce ne sont pas ces questions qui intéressent le grand public: ce sont bien plus la sortie du nucléaire, le franc fort et la crise de la zone euro. Pourquoi l’UDC n’a-t-elle pas pu se démarquer clairement au lieu de s’empêtrer dans les contradictions?

La défaite aux élections fédérales du 23 octobre était donc simplement la conséquence logique des erreurs de décision passées. La dernière en date pour les dirigeants de l’UDC a été la candidature avortée de Bruno Zuppiger. Les résultats sont tombés aujourd’hui: défaite cuisante lors des élections au Conseil fédéral de 2011.